Transcription
Transcription : Série sur la sécurité économique et la perturbation à l'échelle mondiale : Le système global de production : moments clés
[00:00:00 Vidéo de la planète Terre vue de l'espace. Page titre : Série sur la sécurité économique et la perturbation à l'échelle mondiale; Le système global de production : Points saillants]
[00:00:10 Vidéo animée de la Terre, vue de l'espace. Elle tourne rapidement, puis ralentit jusqu'à s'arrêter. Texte superposé à l'écran, tel que décrit.]
Narrateur : Le 5 juin 2023, le Programme d'apprentissage sur la géopolitique et la sécurité nationale de l'École de la fonction publique du Canada a organisé un événement intitulé « Le système global de production » dans le cadre de la série sur la sécurité économique et la perturbation à l'échelle mondiale. Les intervenants, Rohinton Medhora et Heather Exner-Pirot, ont abordé la manière dont la concurrence et les avancées technologiques transforment le commerce mondial, la valeur et les chaînes d'approvisionnement, ainsi que les moyens que le Canada peut prendre pour protéger et faire progresser sa prospérité et sa sécurité dans ce contexte en rapide évolution.
[00:00:47 Texte superposé à l'écran : Le rôle des technologies émergentes.]
[00:00:51 Image d'une ampoule stylisée. Texte à l'écran : L'innovation]
[00:00:54 Diapositive intitulée « Une chaîne d'approvisionnement ». L'ampoule de l'innovation est accompagnée d'images d'un œil regardant à travers une loupe (L'approvisionnement), d'un camion-benne minier (Les matières premières), d'une usine (La fabrication), d'un grand camion de marchandises (L'exécution) et d'un groupe de personnes (Les clients)
[00:00:58 Écran partagé : Rohinton Medhora, et les images ci-dessus. Une ligne apparaît autour des images de l'approvisionnement, des matières premières, de la fabrication et de l'exécution. Texte à l'écran : Rohinton Medhora, Centre pour l'innovation dans la gouvernance internationale]
Rohinton Medhora : L'innovation se situe au niveau de la phase de préapprovisionnement. Avant de savoir si l'on veut construire ou vendre un produit, il faut savoir de quoi il s'agit. Il doit avoir été développé. Il faut bien qu'il ait été inventé quelque part. Ainsi, ces questions générales – dont je parlerai un peu plus dans quelques secondes – représentent l'innovation, laquelle précède la chaîne d'approvisionnement. À l'autre extrémité, au-delà de la simple satisfaction, nous devons nous demander pourquoi une personne achète un produit donné. En quoi est-il attrayant? Est-ce la marque? L'emballage? Sa qualité? Sa réputation? Où sont les clients? Ces facteurs ajoutent de la valeur à un produit en fonction de la relation qu'il entretient avec la clientèle.
Pourquoi tout cela est-il important? Il y a plusieurs façons de voir les choses. En effet, dès lors que l'on intègre l'innovation et les clients, on entre dans le domaine des actifs incorporels.
[00:01:55 Diapositive avec un diagramme à secteurs intitulé « Le téléphone intelligent standard », tel que décrit]
Rohinton Medhora : Les matériaux d'un téléphone intelligent représentent en moyenne 22 % de sa valeur. La main-d'œuvre, 5 %. La distribution et l'emballage de vente au détail représentent environ 15 %.
[00:02:14 Écran partagé : Rohinton Medhora et le diagramme à secteurs intitulé « Le téléphone intelligent standard », tel que décrit]
Rohinton Medhora : Mais la grande majorité de la valeur d'un téléphone intelligent, soit près des deux tiers, un peu moins en fait, est constituée d'actifs incorporels. Il s'agit de la propriété intellectuelle, de la marque et de tous les autres éléments qui entrent dans la composition de l'électronique moderne. C'est un téléphone intelligent. Mais franchement, si vous regardez la voiture électrique ou la plupart des appareils que nous utilisons, la plupart des biens qui sont maintenant produits, même si ce n'est pas ce [INAUDIBLE], la tendance va dans cette direction. La part de la main-d'œuvre diminue considérablement. On pourrait dire que cela est dû aux faibles salaires dans les pays où les produits sont fabriqués. C'est l'une des tensions de la mondialisation. Mais c'est aussi parce que la valeur que nous accordons aux biens incorporels a massivement augmenté. Et la technologie, qui est un élément incorporel majeur, joue un rôle beaucoup plus important aujourd'hui dans presque tout ce que nous utilisons et consommons, ce qui n'était pas le cas auparavant.
[00:03:14 Écran partagé : Rohinton Medhora et Heather Exner-Pirot apparaissent dans la discussion vidéo]
Rohinton Medhora : Au cours des derniers mois, avec l'apparition de ChatGPT et de toutes les autres technologies, nous voyons bien qu'une vague déferle, voire un geyser.
[00:03:25 Rohinton Medhora apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Rohinton Medhora, Centre pour l'innovation dans la gouvernance internationale]
Rohinton Medhora : Je peux utiliser toutes les métaphores possibles. Le fait est que les données vont presque devenir un facteur de production distinct. Comme pays, nous produisons des données et nous les utilisons. Le pays n'a pas encore vraiment pris position en ce domaine. Nous sommes encore moins dotés d'une politique nationale sur ces données. Pour ce faire, nous pouvons nous référer au Règlement général sur la protection des données, le RGPD, de l'Union européenne. Le système américain nous préoccupe, car les données sont détenues par des exploitants privés. Nous sommes tout aussi préoccupés par la gestion des données en Chine, où elles sont effectivement détenues par l'État ou par des entreprises gérées par l'État. C'est pourquoi nous voulons adopter une politique semblable au RGPD, mais nous n'en sommes pas encore là. La façon dont nous recueillons, stockons, organisons et utilisons les données sera le prochain chapitre des politiques publiques. Si l'on multiplie ces données par 160 pays dans le monde, cela transformera assurément notre manière de faire les choses. Ainsi, si l'on combine la révolution des données avec des éléments tels que l'impression en 3D et à domicile, il est fort possible que la forme des chaînes d'approvisionnement change considérablement au fil du temps.
[00:04:49 Écran partagé : Rohinton Medhora et Heather Exner-Pirot apparaissent dans la discussion vidéo]
Rohinton Medhora : La façon dont nous gérons les données déterminera notre niveau de prospérité et de sécurité. Mais il faut d'abord qu'il y ait de sérieuses discussions à l'échelle nationale.
[00:05:01 Rohinton Medhora apparaît en plein écran.]
Rohinton Medhora : Deuxièmement, il faut comprendre que nous sommes en retard et que certains pays ont cinq ou dix ans d'avance sur nous. Troisièmement, de nombreux pays sont en train de nous rattraper. Donc le défi est de taille. Il ne s'agit pas de gagner ce jeu, mais d'y participer, car il y a assez de place pour tout le monde si nous agissons judicieusement, comme je le répète souvent. Je pense qu'il s'agit là d'éléments fondamentaux vers la prospérité.
[00:05:28 Diapositive intitulée « L'importance de la localisation »]
[00:05:32 Écran partagé : Rohinton Medhora et la diapositive intitulée « La localisation a-t-elle encore de l'importance? » Texte sur la diapositive :
- Les sources de valeur sont majoritairement immuables
- La Chine peut-elle être remplacée? Non, mais des chaînes alternatives peuvent émerger grâce à…
- L'économie d'affinité ou « amilocalisation »,
- la protection traditionnelle (la « nouvelle » politique industrielle), et
- la technologie, en particulier le commerce numérique et l'impression 3D.
- Facilitées par le suivi de la provenance grâce à la biotechnologie et à l'IA.
- À condition d'en comprendre les coûts.]
Rohinton Medhora : Remplacer la Chine serait-il possible? La réponse courte est non. Si l'on considère la capacité d'investissement des autres pays de cette région qui pourraient éventuellement concurrencer la Chine : le Viêt Nam, la Birmanie et, de plus en plus, l'Inde, n'ont tout simplement pas la capacité ni l'infrastructure nécessaire pour rivaliser.
Autre indicateur du rôle central de la Chine dans la valeur et la sécurité mondiales : malgré la COVID et toutes les controverses qui s'y sont déroulées, le commerce et les investissements entre la Chine et l'Occident ont été plutôt solides. Le peu de désinvestissement que nous avons constaté a été plus que compensé par de nouveaux investissements en provenance d'autres pays. Les investissements qui augmentent dans des pays comme la Birmanie et le Viêt Nam sont en fait des investissements nets. Personne ne ferme des usines en Chine pour en ouvrir d'autres ailleurs. C'est parfois le cas, mais pas de manière significative.
Si nous voulons que cette tendance s'accélère, que pourrions-nous faire? Il s'agit de l'économie d'affinité. L'économie d'affinité (ou « amilocalisation ») est une forme de délocalisation où certaines activités ont toujours lieu outre-mer dans les cas où nous, au Canada ou en Occident, ne sommes pas concurrentiels, particulièrement en ce qui concerne les processus de fabrication. Dans ce cas, pourquoi ne pas transférer ces activités à des pays que nous considérons comme des alliés aux valeurs similaires?
Une deuxième façon de contourner l'omniprésence de la Chine serait ce que j'appelle la « protection traditionnelle », parfois appelée « nouvelle politique industrielle ». Il existe des termes plus sophistiqués, mais en fin de compte, il s'agit de dire : produisons chez nous, même si cela coûte plus cher, parce que nous gagnons ainsi en sécurité, et cette sécurité s'accompagne également d'une valeur commerciale. Enfin, la dernière caractéristique, qui est peut-être la plus prometteuse, est la technologie. J'entends par là le commerce numérique et l'impression 3D, qui se mettent lentement en place et prennent leur essor, et qui pourront nous donner une mesure de la production à l'intérieur de nos frontières comme nous ne l'avons jamais eue auparavant. Le tout, facilité par la technologie. Je pense que l'approvisionnement et l'idée de comprendre comment un produit est fabriqué sont grandement facilités par les biotechnologies et l'IA.
[00:08:08 Diapositive intitulée « S'adapter à la transition énergétique »]
[00:08:13 Graphique intitulé « Six fois plus de minéraux sont nécessaires pour atteindre la carboneutralité » Texte sur la diapositive : Demande totale de minéraux pour les technologies énergétiques propres par scénario, 2020 comparé à 2040.]
Heather Exner-Pirot : Gardez ce fait à l'esprit dans les prochaines diapositives. Selon l'Agence internationale de l'énergie, pour atteindre la carboneutralité, il faudrait multiplier par six la production minérale dans le monde entier. Pour certains minéraux particuliers, comme le lithium ou le nickel, nous devons multiplier la production par 5, 8, 10, voire 20. Pour les minéraux dans leur ensemble, on parle de 6 fois plus. En effet, si l'on remplace les combustibles fossiles par des énergies renouvelables ou de l'électricité, on passe d'une infrastructure énergétique dépendante des combustibles fossiles à une infrastructure énergétique consommatrice de ressources.
[00:08:44 Écran partagé : Heather Exner-Pirot et le graphique intitulé « Six fois plus de minéraux sont nécessaires pour atteindre la carboneutralité ». Texte sur la diapositive : Demande minérale totale pour les technologies énergétiques propres par scénario, 2020 par rapport à 2040. Texte à l'écran : Heather Exner-Pirot, Institut MacDonald-Laurier.]
Heather Exner-Pirot : Il faut encore des lignes de transmission, des turbines, des panneaux, des aimants, toutes des infrastructures qui nécessitent beaucoup de ressources. Diapositive suivante.
[00:08:53 Écran partagé : Heather Exner-Pirot et deux graphiques intitulés « Les dépenses pétrolières sont en déclin »
Texte sur la diapositive :
Au-dessus d'un baril. Dépenses de l'industrie pétrolière en production et en exploration, en milliards de dollars.
- 305 Dépenses annuelles courantes
- 486 Dépenses annuelles dans le cadre des politiques climatiques actuelles
- 382 Dépenses annuelles au titre des engagements climatiques
- 302 Dépenses annuelles pour la carboneutralité d'ici 2050
Source : Bloomberg, selon les données de l'Agence internationale de l'énergie.
Remarque : Dépenses nécessaires pour la période 2022-2030.
Investissements E&P mondiaux jusqu'à la fin de l'année 2022 (en milliards de dollars)]
Heather Exner-Pirot : Si vous êtes de ceux qui souhaitent se débarrasser des combustibles fossiles, vous serez heureux de constater sur cette diapositive que les dépenses pétrolières sont radicalement en baisse. Depuis le dernier pic des matières premières, depuis 2012-2013, les dépenses pétrolières dans la nouvelle production d'exploration sont en baisse absolue. Presque de moitié. Dans le scénario de l'[[AIE]], pour atteindre la carboneutralité nous devrions dépenser 302 milliards par an et nous en dépensons 305 milliards. Ainsi, la production pétrolière et gazière est en baisse, en particulier pour le pétrole, dans les proportions appropriées pour atteindre la carboneutralité. Diapositive suivante.
[00:09:34 Écran partagé : Heather Exner-Pirot et le graphique, tel que décrit, intitulé « …mais les minéraux ne suivent pas » Texte sur la diapositive : Dépenses en capital des 20 principaux mineurs, 2010-2022]
Heather Exner-Pirot : Le problème est que nous sommes loin d'être au bon rythme de production de minéraux, ce qui créera un fossé énorme. Nous réduisons les combustibles fossiles, mais nous n'augmentons pas les minéraux. Loin de multiplier par six la production minérale, nous n'en sommes même pas à une production d'un pour un. En fait, le pic de la production minérale a eu lieu en 2019. En 2022, la reprise post-COVID n'était pas encore complète et les investissements n'étaient pas faits pour commencer à augmenter l'exploitation minière. Nous la maintenons, tout au plus. Les dépenses d'investissement ont explosé en 2012 et 2013. Puis elles ont dégringolé. Les investissements se reprennent lentement, mais pas suffisamment pour compenser. En fait, si nous avons des téléphones cellulaires, des ordinateurs portables, des micro-ondes et des véhicules électriques, c'est que nous bénéficions d'investissements réalisés par la Chine il y a dix ans.
Même pour maintenir seulement notre mode de vie actuel sans transition énergétique, les investissements dans le secteur minier ne sont pas suffisants.
[00:10:34 Diapositive intitulée « Protéger et promouvoir les intérêts du Canada »]
[00:10:38 Écran partagé : Heather Exner-Pirot et carte, telle que décrite.]
Heather Exner-Pirot : Quel est notre potentiel pour répondre aux besoins de nos alliés en matière de pétrole, de gaz et de minerais? Incroyable. Il s'agit ici de la réserve de Montney. C'est là que sera acheminé le GNL qui pourra alimenter l'Asie. Une réserve de classe mondiale. Deux billiards, ou deux « mille-billions », de pieds cubes. C'est la seule fois où j'ai l'occasion de prononcer le mot « billiards ». Il s'agit donc d'environ 1 995 billions de pieds cubes, dont 500 billions sont économiques aux prix d'aujourd'hui. Et si ce gaz naturel est le moins cher du monde, c'est uniquement parce que nous n'avons aucun moyen de l'exporter. Il reste donc là où il est. Diapositive suivante.
[00:11:12 Écran partagé : Heather Exner-Pirot et carte, telle que décrite.]
Heather Exner-Pirot : Nous sommes dans le nord de la Saskatchewan. Voici l'Athabasca Basin d'uranium. Du point de vue de la densité énergétique, en descendant le spectre, le nucléaire prendrait de plus en plus de place. De fait, de nombreux réacteurs sont annoncés et nous avons conclu des accords de sécurité énergétique importants avec des partenaires dans le monde entier, en particulier en Europe de l'Est. Or, il s'agit ici de la réserve d'uranium la plus riche au monde. La teneur s'élève parfois jusqu'à 20, 30 ou 40 %. La plus grande mine d'uranium au monde est celle de Cigar Lake, qui se trouve dans cette région. La teneur en uranium est de 16 %. D'un point de vue minier, une teneur de 16 % est phénoménale. En général, la teneur est de 0,5 %, 1 % ou 2 %.
Ainsi, Cigar Lake n'est pas seulement la mine d'uranium la plus précieuse au monde en termes de valeur par tonne, c'est aussi la mine la plus précieuse au monde, tous types de minerais confondus, en raison de sa richesse. L'uranium d'Athabasca Basin pourrait répondre aux besoins de sécurité énergétique de nos alliés pendant des siècles s'ils passaient au nucléaire. La bonne nouvelle est que les deux autres grands producteurs sont le Kazakhstan et l'Australie. Ainsi, entre le Canada et l'Australie, nous ne manquerons jamais d'uranium. Nous extrairons sur la lune de l'hélium 3 pour la fusion avant de manquer d'uranium dans le nord de la Saskatchewan pour le nucléaire. Diapositive suivante.
[00:12:37 Écran partagé : Heather Exner-Pirot et carte, telle que décrite.]
Heather Exner-Pirot : Il s'agit d'Athabasca Basin. L'autre Athabasca est le secteur des sables bitumineux. Cette zone bleue forme la troisième réserve mondiale de pétrole. Nous avons donc le pétrole, mais nous n'avons pas la capacité de l'exporter.
[00:12:50 Écran partagé : Heather Exner-Pirot et diapositive intitulée « Le Canada peut-il passer à la vitesse supérieure? » Texte sur la diapositive :
- Au Canada, l'idée s'est répandue que l'exploitation des ressources était un secteur économique du XXe siècle et que nous devions passer à une économie du savoir.
- Il nous a été rappelé que nous aurons toujours besoin de matières premières fiables et abordables, et que le Canada est un fournisseur de choix.
- Le Canada peut contribuer de manière significative à la sécurité économique mondiale en augmentant sa production d'énergie plus responsable, de minéraux et de denrées alimentaires.]
Heather Exner-Pirot : On a cru, alors que l'on se trouvait dans un cycle baissier des matières premières, que le développement des ressources était terminé et qu'il fallait se diversifier. Bien sûr, ce cycle en fut un d'expansion puis de récession, et il faut s'en sortir. Cependant, nous aurons toujours besoin de matières premières. Nous aurons toujours besoin de matières premières fiables et abordables. Le Canada peut être un fournisseur privilégié à cet égard. C'est une occasion parfaite pour nous sur le plan économique, qui offrira également une sécurité économique à nos alliés.
[00:13:20 Heather Exner-Pirot apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Heather Exner-Pirot, Institut MacDonald-Laurier.]
Heather Exner-Pirot : Le Canada compte 40 millions d'habitants. Notre avantage concurrentiel évident est notre capital-ressource, notre sol. Les gens pensent que nous ne sommes que des abatteurs et des transporteurs, comme s'il s'agissait d'un secteur facile ou simple. En fait, le pétrole et le gaz sont de loin l'industrie la plus productive du pays, avec un ordre de grandeur supérieur par heure de travail. Si l'on regarde les codes du Système de classification des industries de l'Amérique du Nord, l'extraction de pétrole et de gaz obtient une valeur productive de 1 000 $de l'heure.
[00:13:50 Écran partagé : Rohinton Medhora et Heather Exner-Pirot apparaissent dans la discussion vidéo]
Heather Exner-Pirot : Alors que la moyenne canadienne est d'environ 55 $. Il s'agit donc d'un secteur incroyablement productif. L'exploitation minière ne coûte que quelques centaines de dollars. Elle est donc également très productive, mais pas autant que le pétrole et le gaz. Ces questions sont complexes. Il y a énormément de connaissances et d'ingénierie dans ce domaine. Pour être concurrentiel sur ce marché mondial, il faut une excellente ingénierie, une excellente technologie et une excellente main-d'œuvre. C'est un avantage pour le Canada, notamment dans le domaine de l'agriculture : nous sommes un énorme exportateur de céréales, d'oléagineux et de légumineuses et nous pouvons obtenir plus de superficies et un meilleur rendement de celles-ci parce que nous sommes brillants, parce que nous intégrons des outils comme l'intelligence artificielle, le GPS et les tests de science du sol, et tout le reste.
[00:14:33 Heather Exner-Pirot apparaît en plein écran]
Heather Exner-Pirot : Je pense donc qu'il faut remettre en question l'idée selon laquelle il s'agit de secteurs simples ou à faible valeur ajoutée. Je crois que cela changera au cours des prochaines années. Puis, nous pouvons exporter cette expertise. C'est ce que nous faisons. La moitié des sociétés minières du monde sont cotées à la Bourse de Toronto. Nous finançons, nous connaissons le secteur minier mieux que n'importe quel autre pays. Nous sommes présents en Amérique latine, en Afrique et dans d'autres régions, car le secteur minier au Canada est à la fine pointe.
Il s'agit donc d'une occasion formidable pour le Canada. Qui plus est, je suis d'avis qu'il s'agit d'une obligation morale ou éthique de fournir des biens abordables et fiables à nos alliés. Alors que nous entrons dans le prochain super cycle des matières premières, l'énergie va augmenter, les matériaux vont augmenter, le prix des denrées alimentaires va augmenter, et les milliards de personnes les plus pauvres de ce monde vont en souffrir. Cela créera de l'instabilité politique. Celle-ci alimentera probablement le terrorisme et des guerres. Lorsque les gens ont faim et sont affamés, ils n'ont plus rien à perdre. Il est donc très important pour notre propre sécurité, mais aussi par obligation morale envers les autres, de fournir, dans la mesure du possible, ces matières premières responsables.
Je crois que nous sommes devenus très complaisants au Canada parce que nous avons tellement d'énergie et de nourriture et parce que nous croyons que le Canada ne vivra pas ce genre de crise avant que d'autres pays du monde les aient vécues depuis très longtemps. Or, je pense que nous devons moins nous regarder le nombril. Regarder ce qui se passe en Alberta, au Québec ou dans le secteur des sables bitumineux. Avoir une perspective plus globale sur le rôle de nos ressources dans le maintien de la sécurité économique et politique pour les autres.
[00:16:21 Diapositive intitulée « L'importance de la résilience »]
[00:16:26 Rohinton Medhora apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Rohinton Medhora, Centre pour l'innovation dans la gouvernance internationale]
Rohinton Medhora : Lorsque les choses vont vraiment mal, tout le monde se la joue pour lui-même. Nous l'avons d'ailleurs constaté lors de développement des vaccins. En fait, une nouvelle expression est née : le « nationalisme vaccinal ». Les pays utilisaient la production et l'approvisionnement en vaccins pour renforcer leur pouvoir plutôt que pour lutter contre un fléau mondial. Pour être résilients et diversifiés, il ne faut pas moins de pays dans l'équation : il en faut plus. Il est intéressant de noter qu'au cours des deux ou trois dernières décennies, l'orientation de la politique publique a été d'affranchir le Canada de sa dépendance à l'égard des chaînes nord-américaines et d'intensifier ses échanges avec des régions d'Asie, d'Amérique latine, etc.
[00:17:19 Écran partagé : Rohinton Medhora et Heather Exner-Pirot apparaissent dans la discussion vidéo]
Rohinton Medhora : Je pense donc que l'idée que la diversification est la voie à suivre. Cependant, la diversification sans la confiance ne fonctionne tout simplement pas. Les règles du jeu mondiales renforcent la confiance ou du moins, ont pour but de la renforcer. Il y aura toujours des pays qui pourront se soustraire à cette obligation simplement parce qu'ils sont grands. Les États-Unis sont l'un et la Chine est l'autre. Ce n'est donc pas comme si un pays en faisait plus que l'autre. Nous devons reconnaître que les grands pays auront toujours un certain droit de veto sur les accords mondiaux.
Mais il en est tout autre pour un petit pays comme le Canada, petit mais important, influent, prospère et bien intentionné.
[00:18:05 Rohinton Medhora apparaît en plein écran.]
Rohinton Medhora : nous nous intéressons aux règles du jeu mondiales qui fonctionnent, et non pas aux règles du jeu régionales qui fonctionnent. Parce qu'il y aura d'autres moments dans l'histoire où cela pourra revenir nous hanter.
[00:18:17 Vidéo animée de la Terre, vue de l'espace. Texte superposé à l'écran, tel que décrit.]
Narrateur : L'École de la fonction publique du Canada organise des événements, des ateliers et des cours passionnants et instructifs sur la géopolitique et la sécurité nationale. Pour en savoir plus, écrivez à l'adresse électronique suivante.
[00:18:28 Texte superposé à l'écran : nationalsecurityprogram-programmedesecuritenationale@csps-efpc.gc.ca.]
[00:18:37 Le logo animé de l'EFPC apparaît à l'écran. Texte à l'écran : canada.ca/school]
[00:18:44 Le mot-symbole du gouvernement du Canada apparaît et disparaît dans un fondu au noir.]