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Réflexions de Bob W. Paulson (LPL1-V50)

Description

Cette vidéo met en vedette Bob W. Paulson, ancien commissaire de la Gendarmerie royale du Canada, qui revient sur la fusillade sur la Colline du Parlement de 2014 en parlant de son expérience des événements et des enjeux qui ont suivi.

Durée : 00:32:08
Publié : 31 juillet 2025
Type : Vidéo
Séries : Série Analyses et réflexions


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Réflexions de Bob W. Paulson

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Transcription : Réflexions de Bob W. Paulson

Narration : Les fonctionnaires, les leaders d'opinion et les spécialistes à l'échelle canadienne réfléchissent aux idées qui façonnent la fonction publique : le leadership, les politiques, la gouvernance, l'innovation et bien plus encore.

[00:00:10 Les mots « Leadership », « Politiques », « Gouvernance » et « Innovation » apparaissent successivement à l'écran, suivis des mots « Analyses et réflexions ».]

[00:00:20 Le logo de l'École de la fonction publique du Canada apparaît à l'écran.]

Narration : Voici la série Analyses et réflexions, réalisée par l'École de la fonction publique du Canada.

[00:00:25 Une image de Bob W. Paulson apparaît à côté du texte :
« Bob W. Paulson a servi dans les Forces armées canadiennes de 1977 à 1984 à titre de pilote et d'instructeur. Il s'est joint à la Gendarmerie royale du Canada (GRC) en 1986 et a passé près de 20 ans en Colombie-Britannique où; il s'est spécialisé dans les enquêtes sur les crimes graves et les organisations criminelles. En 2005, il a fait son entrée à la Direction générale de la GRC à Ottawa et a occupé des postes de niveau supérieur dans les domaines de la sécurité nationale et des services de police fédéraux. Il a été nommé commissaire en 2011 et, à ce titre, a dirigé des réformes visant à moderniser la GRC et à lutter contre le harcèlement en milieu de travail; il a conclu son mandat en offrant des excuses historiques et en annonçant un règlement. »]

Narration : Bob W. Paulson a servi dans les Forces armées canadiennes de 1977 à 1984 à titre de pilote et d'instructeur. Il s'est joint à la Gendarmerie royale du Canada (GRC) en 1986 et a passé près de 20 ans en Colombie-Britannique où; il s'est spécialisé dans les enquêtes sur les crimes graves et les organisations criminelles. En 2005, il a fait son entrée à la Direction générale de la GRC à Ottawa et a occupé des postes de niveau supérieur dans les domaines de la sécurité nationale et des services de police fédéraux. Il a été nommé commissaire en 2011 et, à ce titre, a dirigé des réformes visant à moderniser la GRC et à lutter contre le harcèlement en milieu de travail; il a conclu son mandat en offrant des excuses historiques et en annonçant un règlement.

[00:01:11 Bob W. Paulson apparaît assis sur une chaise.]

Taki Sarantakis (École de la fonction publique du Canada) : Bob Paulson, commissaire à la retraite de la GRC. Monsieur, soyez le bienvenu.

Bob W. Paulson (Ancien commissaire de la Gendarmerie royale du Canada) : Merci.

Taki Sarantakis : Parlez-nous un peu de vous, où; êtes-vous né?

Bob W. Paulson : Oui, je suis né à Lachute, au Québec, en 1958. J'ai grandi à Lachute. Je me suis engagé dans l'armée à 18 ans. J'ai été pilote dans les forces armées, pilote instructeur, pendant environ sept ans. Ensuite je suis parti et je suis retourné à l'école. Quand je travaillais dans un bar en Colombie-Britannique, j'ai vu passer des agent·es de la GRC et j'ai commencé à leur parler, et j'étais vraiment fasciné par leur travail. Alors j'ai postulé à la GRC et, avant même de m'en rendre compte, j'étais à Regina et dans la GRC.

Taki Sarantakis : Quel a été votre premier poste dans la GRC?

Bob W. Paulson : Le premier poste consiste presque toujours à répondre à des appels dans une province sous contrat. J'ai été embauché à Chilliwack, en Colombie-Britannique, où; j'ai travaillé comme agent dans cette communauté, qui était probablement, par chance, une communauté idéale pour se forger une première expérience dans la police, et ça m'allait parfaitement. J'ai adoré et je n'ai jamais regretté.

Taki Sarantakis : Avez-vous imaginé qu'un jour vous seriez à la tête de cette institution?

Bob W. Paulson : Non, honnêtement, j'étais content d'avoir un travail (rires). Quand je me suis joint à la GRC, je n'étais pas particulièrement ambitieux au sens traditionnel du terme, même si je le suis devenu par la suite, mais j'étais ambitieux en ce qui concerne le maintien de l'ordre. Je n'en avais jamais assez. J'ai fini par devenir enquêteur sur les crimes majeurs et sur le crime organisé, et j'ai dirigé des équipes. J'ai redéfini la doctrine de gestion des cas majeurs au sein de la GRC. J'ai adoré ça, et je m'en suis bien sorti (rires).

Taki Sarantakis : Vous avez atterri à Ottawa, vous avez commencé à attirer l'attention des personnes qui décident qui sera le commissaire adjoint.

Bob W. Paulson : Ce qui s'est passé, c'est que je menais un dossier contre les Hells Angels en Colombie-Britannique et j'avais besoin d'autorisations particulières pour déroger à la politique de la GRC et permettre à des drogues dures de rester en circulation pendant que notre informateur travaillait avec les Hells Angels. J'ai dû venir à Ottawa pour rencontrer diverses autorités, qui se sont intéressées à moi. Une fois ce projet terminé, qui a d'ailleurs été un succès, ils ont voulu que je prenne un poste à Ottawa, ce que j'ai refusé la première fois. C'était une promotion au poste de surintendant. Ils m'ont rappelé environ un an et demi plus tard et m'ont proposé un poste de surintendant principal, en ajoutant que si je refusais, ce serait la dernière promotion qui me serait proposée dans la GRC. Alors j'ai accepté leur offre, j'ai déménagé à Ottawa et j'ai pris un poste dans le domaine du renseignement sur le crime organisé et les renseignements criminels.

Taki Sarantakis : Racontez-nous comment vous êtes devenu commissaire.

Bob W. Paulson : Oui, c'est particulier. J'ai été directeur général responsable des renseignements criminels, puis je suis devenu officier des opérations au sein de la sécurité nationale, et ensuite commissaire adjoint à la sécurité nationale, à une époque où; la GRC était régulièrement sous la loupe du public. Nous étions sous le feu des projecteurs pour l'affaire Arar à l'époque.

[00:05:04 Une image du commissaire de la GRC Giuliano Zaccardelli est affichée. Crédit : RCMP-GRC]

Il y avait le commissaire Zaccardelli à l'époque, qui a bien sûr pris sa retraite. Le commissaire Elliott a pris le relais, à peu près au moment où; je suis devenu commissaire adjoint à la sécurité nationale. Ensuite, j'ai longuement travaillé avec le commissaire Elliott.

[00:05:20 Une image du commissaire de la GRC William J. S. Elliott est affichée. Crédit : RCMP-GRC]

Ensuite, il y a eu un autre petit accroc, une perturbation dans la force, comme on dit, où; il y a eu une rébellion au sein des hauts gradés contre le commissaire Elliott. En résumé, il y avait un poste à pourvoir en tant que commissaire adjoint de la police fédérale, et il m'a confié ce poste, puis il est parti à Interpol. Ensuite, il y a eu un concours pour le poste de commissaire et le chasseur de têtes m'a demandé de poser ma candidature, ce que j'ai fait. Et très vite, j'étais là.

Taki Sarantakis : En quelle année êtes-vous devenu commissaire?

Bob W. Paulson : C'était à la fin de l'année 2011.

[00:05:59 Une image de Bob W. Paulson en uniforme est affichée. Crédit : RCMP-GRC]

J'ai pris les fonctions quelque temps quand le commissaire Elliott est parti à Interpol, puis j'ai été sélectionné comme commissaire. Donc disons en 2012, et j'ai servi jusqu'à la fin de l'année 2017.

Taki Sarantakis : Je suis certain que vous avez eu beaucoup de jours mémorables en tant que commissaire, et je le dis dans le bon et le mauvais sens du terme, mais parlons d'une journée en particulier. Revenons au 22 octobre 2014. Vous souvenez-vous de quoi que ce soit qui s'est passé avant 9 h?

Bob W. Paulson : Oui. J'arrivais habituellement au travail vers 7 h 30, et je me préparais pour des réunions et des briefings pour voir ce qui se passait dans le pays et dans les différents ministères. Et l'une des choses que j'ai remarquées d'assez intéressante quand je suis arrivé à Ottawa, c'était cette saturation d'écrans de télévision dans tout le bâtiment, en particulier dans l'aile des enquêtes de sécurité nationale. J'avais une télévision allumée dans mon bureau, il ne se passait rien, nous regardions les nouvelles, elle était toujours au poste des nouvelles, et j'avais terminé les briefings, ce que nous appelions les prières, c'était notre réunion quotidienne. Les gens priaient pour que je ne leur pose pas de questions difficiles. Ensuite, je suis retourné à mon bureau, et c'est vers 10 heures, un peu après 10 heures du matin que j'ai reçu le premier appel de Gilles Michaud, qui était alors le commissaire adjoint chargé de la Division nationale et qui supervisait la force de sécurité du Parlement. Il m'informait qu'un membre des forces armées avait été abattu au Monument commémoratif de guerre du Canada et qu'une chasse à l'homme était en cours.

[00:07:55 Une image du Monument commémoratif de guerre du Canada à Ottawa est affichée.]

Le tireur semblait être parti dans la Cité parlementaire.

Taki Sarantakis : L'appel disait donc que quelqu'un avait été abattu, et que vous deviez trouver quelqu'un. Quelle a été la première indication que quelqu'un s'était introduit dans l'édifice du Centre de la Colline du Parlement?

Bob W. Paulson : C'est alors que la folie a commencé. J'aimerais mentionner que dans une telle situation d'urgence, la dernière chose dont les gens impliqués ont besoin, c'est que le commissaire les appelle pour obtenir une mise à jour afin qu'il puisse la communiquer à ses collègues. J'ai donc essayé de rester en retrait et de comprendre ce qui se passait sur la base des informations relayées qui remontaient la chaîne. Et il est devenu évident que des coups de feu avaient été tirés à la porte d'entrée des bâtiments du Parlement.

Taki Sarantakis : Et à ce moment, êtes-vous dans une voiture?

Bob W. Paulson : Non.

Taki Sarantakis : Vous êtes en route?

Bob W. Paulson : Je suis dans mon bureau.

Taki Sarantakis : Êtes-vous toujours dans le centre de commandement?

Bob W. Paulson : Oui, je suis dans mon bureau parce qu'au fur et à mesure que j'apprends ce qui se passe, les médias l'apprennent aussi, et la ville également. Mon téléphone commence à s'allumer parce que plusieurs sous-ministres, le sous-ministre de la Sécurité publique, beaucoup de mes autres collègues appellent parce que leurs ministres ou d'autres personnes sont enfermés et effrayés dans ce bâtiment.

Taki Sarantakis : Arrêtons-nous un moment. La Colline du Parlement est située dans la ville d'Ottawa. L'un des enjeux ou l'une des conséquences de cette journée a été l'exploration des enjeux d'autorité concernant la Colline du Parlement.

[00:09:54 Un extrait d'un article de la CBC intitulé « Fusillade à Ottawa : La confusion sur la Colline du Parlement a mené au confinement des députés » est affiché avec le texte suivant surligné :
« La sécurité sur la Colline du Parlement est assurée par plusieurs services; la police d'Ottawa est responsable de la zone autour de la Colline, la GRC est chargée de la sécurité des terrains, et des services distincts de la Chambre et du Sénat assurent la sécurité à l'intérieur des édifices. » Crédit : CBC]

Pouvez-vous nous parler un peu de cet arcane?

Bob W. Paulson : En fait, lorsque la poussière est retombée, c'est devenu le point central de la réparation, et il a été une source de conflit et de malaise dans de nombreuses forces de police. Vous avez la police municipale d'Ottawa.

Taki Sarantakis : Oui, commençons par eux. Quelle est leur autorité ici?

Bob W. Paulson : Leur autorité comprend la rue Wellington et la ville d'Ottawa.

Taki Sarantakis : Donc, tout ce qui se trouve en dehors de la Colline du Parlement proprement dite est sous la responsabilité de la ville d'Ottawa, y compris la rue Wellington?

Bob W. Paulson : Oui.

Taki Sarantakis : La ville d'Ottawa.

Bob W. Paulson : Par contre, la GRC a l'autorité de la Cité parlementaire, à l'exception de l'édifice du Centre.

Taki Sarantakis : Qu'est-ce que la Cité parlementaire?

[00:10:59 Une carte de la Cité parlementaire de Travaux publics et Services gouvernementaux Canada est affichée. Crédit : Travaux publics et Services gouvernementaux Canada, septembre 2008]

Bob W. Paulson : La Cité parlementaire s'étend essentiellement le long de la rue Wellington et varie de temps à autre, mais elle comprend l'édifice de l'Ouest, l'édifice de l'Est, l'édifice du Centre, quelques autres bâtiments, mais toute cette zone où; se déroulent les opérations parlementaires.

Taki Sarantakis : Mais pas les rues de la ville?

Bob W. Paulson : Pas les rues de la ville.

Taki Sarantakis : Pas Langevin, ou l'ancien Langevin, d'accord. Et donc, parlons un peu des bâtiments.

Bob W. Paulson : Oui.

Taki Sarantakis : L'édifice du Centre, l'édifice de l'Est et l'édifice de l'Ouest. Qui avait l'autorité pour ces bâtiments?

Bob W. Paulson : Le service de protection du Parlement, le sergent d'armes, et il y a une discussion sur la question de savoir si le sergent d'armes a l'autorité. Certains diront qu'il s'agit des limites de la Chambre des communes, car il y a un sergent d'armes semblable au Sénat. C'est donc un fouillis d'autorités et, dans des crises comme celle dont nous parlons, c'est un cauchemar.

Taki Sarantakis : Et si je me souviens bien, il y avait aussi une question concernant l'autorité sur le toit des bâtiments ou quelque chose comme ça.

Bob W. Paulson : Oui.

Taki Sarantakis : Le 22 octobre, c'était donc un peu la pagaille sur le plan des compétences. Bien. La fusillade a commencé. La fusillade, nous le savons, s'est terminée assez rapidement. Tout ça en l'espace d'une demi-heure, peut-être moins?

Bob W. Paulson : Oui, moins. Le tireur, Zehaf-Bibeau, dont nous parlerons plus tard, se présente avec une Winchester 30-30.

Taki Sarantakis : Une carabine?

Bob W. Paulson : Une carabine, une vieille carabine. Il porte un bandana. Il se rend au Cénotaphe, que j'appelle le Cénotaphe, la zone centrale où; se trouvent les gardes militaires. Un compatriote, Nathan Cirillo, est à cet endroit avec son collègue et Zehaf-Bibeau se précipite et lui tire dessus à bout portant après avoir fait quelques déclarations, et Cirillo s'écroule. Les gens lui portent secours. L'agresseur s'enfuit. Il s'enfuit, remonte dans sa voiture et se rend sur la rue Wellington devant l'entrée. Il sort de sa voiture avec sa carabine. Les gens passent, il court à travers. Les gens se dispersent quand ils le voient. Il se précipite sur l'un des chauffeurs stationnés devant l'édifice de l'Est. Cette voiture appartient à la ministre Shelly Glover. Elle n'est pas dans la voiture, c'est son chauffeur qui y est. Il fait sortir le chauffeur, monte dans la voiture, se rend devant l'édifice du Centre, sort de la voiture, court jusqu'à l'entrée principale de l'édifice du Centre et entre. Un agent de la GRC se trouve sur place et l'interpelle. Il arrive à saisir son arme et les deux hommes luttent. L'agent essaie de le neutraliser. Le coup part et notre agent reçoit une balle dans le pied. Il s'effondre. Bibeau s'enfuit. D'autres agent·es sont présent·es, heureusement, sous la direction d'un certain Barrett qui déploie ce que nous appelons la stratégie DRAI, le Déploiement rapide pour action immédiate, qui consiste à rassembler les agent·es, à former un losange ou un V, et à se diriger vers la fusillade. Parce qu'au moment où; il le fait, ce n'est pas le sergent d'armes… Oui c'était le sergent d'armes.

Taki Sarantakis : M. Vickers.

Bob W. Paulson : M. Vickers saisit une arme, une arme de poing qu'il a dans son tiroir, sort et entre dans la mêlée. Alors que nos agent·es arrivent en V et que Vickers sort de son bureau, il y a une fusillade massive relayée par les nouvelles et les médias, et Bibeau est abattu, tué par l'arme de Barrett.

Taki Sarantakis : Et encore une fois, du début à la fin, ça n'a pas duré très longtemps.

[00:15:30 Un extrait d'un article de la CBC intitulé « Fusillade à Ottawa : Chronologie des événements de la GRC » est affichée avec le texte suivant surligné :
« 9 h 50 min 00 s il a fait feu à deux reprises en direction du caporal Nathan Cirillo. »
« 9 h 53 min 57 s Le décès du suspect, qui a été identifié plus tard comme étant Michael Zehaf-Bibeau, a été constaté sur les lieux.» Crédit : CBC]

Bob W. Paulson : Non, entre le moment où; Cirillo a été abattu et celui où; Bibeau est mort, il s'est écoulé environ cinq minutes.

Taki Sarantakis : Bien. Maintenant, le reste de la journée, c'est le chaos. Racontez-nous un peu depuis votre point de vue en tant que chef de la GRC. Êtes-vous au téléphone avec... Je sais qu'il y a une photo célèbre de vous au 24 Sussex en train de breffer le premier ministre, mais parlez-nous un peu de ce qui se passe immédiatement après.

Bob W. Paulson : Une fois qu'il est neutralisé, et pendant que ça se produit et que la ville est mise au courant, la police d'Ottawa déploie son équipe d'intervention d'urgence, la GRC déploie la sienne. Lorsque le tireur était dans le couloir, tous les partis étaient réunis en caucus. Il y avait les conservateurs au pouvoir à gauche, le NPD à droite et les libéraux qui se trouvaient quelque part au sous-sol en caucus. Le premier ministre qui, en raison du problème dont nous avons parlé précédemment, est privé de son service de protection, est protégé dans une alcôve dans cette zone, parce que, Dieu les bénisse, son équipe de protection a dit : « Oubliez les questions d'autorité, on y va. »

[00:16:50 Un extrait d'un article du Guardian est affiché avec le titre « Le premier ministre du Canada s'est caché dans une armoire pendant qu'avait lieu des coups de feu étaient échangés à proximité. ».]

Le premier ministre est en sécurité. Tous les autres sont en sécurité. Aucun des coups de feu tirés entre le tireur et la police ne semble avoir blessé qui que ce soit, à l'exception de notre agent qui se trouvait à la porte d'entrée. Par contre, des informations arrivent disant que des gens ont vu d'autres tireurs. Les informations venant du centre commercial faisaient état d'une sorte d'agitation. Nous pensions qu'il y avait deux ou trois points d'attaque. Nous devions vider le bâtiment, qui est très grand. Nous avons dû nous organiser avec la police d'Ottawa et commencer à aller de porte en porte. Je peux vous dire…

Taki Sarantakis : C'était dans l'édifice du Centre?

Bob W. Paulson : Oui, l'édifice du Centre.

Taki Sarantakis : Et beaucoup d'entre elles étaient verrouillées.

Bob W. Paulson : Oui.

Taki Sarantakis : Parce que les gens avaient peur.

Bob W. Paulson : Oui.

Taki Sarantakis : Beaucoup de gens ont entendu les coups de feu. Ils ont dit qu'à cause de l'écho, on aurait dit que des commandos avaient donné l'assaut.

Bob W. Paulson : Oui.

Taki Sarantakis : Et qu'ils échangeaient des coups de feu.

Bob W. Paulson : Je n'ai pas le chiffre exact, mais je dirais que 50 à 60 balles ont été tirées sur le tireur.

Taki Sarantakis : Oui.

Bob W. Paulson : Et il a tiré lui aussi.

Taki Sarantakis : Certains ministres pensaient qu'il s'agissait d'une opération paramilitaire.

Bob W. Paulson : Exactement.

Taki Sarantakis : Que des gens étaient venus pour s'emparer du Parlement.

Bob W. Paulson : L'un des aspects du brouillard de la guerre, c'est qu'immédiatement après l'échange, il n'y a pas d'informations, et c'est notre ressource la plus précieuse, disposer de ces informations et de cette compréhension. Je peux vous raconter une anecdote qui s'est produite plus tard : le premier ministre Trudeau, qui était alors le chef du troisième parti, m'a dit à quel point il était contrarié que la GRC et moi-même ne le laissions pas sortir pour qu'il puisse aller devant la caméra et rassurer les gens. C'était l'opinion du monde politique. Nous devions commencer à communiquer. C'était l'opinion du bureau du commissaire. Nous devions commencer à communiquer, mais communiquer des informations fiables, et la sécurité prime sur tout le reste. Nous allions sécuriser ce bâtiment contre vents et marées, et nous enquêtions sur toutes les autres informations qui mentionnaient des tireurs. Ça prenait du temps.

Taki Sarantakis : On a également signalé des personnes qui courraient dans le centre commercial Rideau.

[00:19:25 Un extrait d'un article de la CBC est affiché intitulé « Fusillade à Ottawa : Déroulement des événements» avec le texte suivant surligné :
« Selon les premières informations, il y aurait eu des coups de feu au centre commercial, mais le porte-parole de la police d'Ottawa, Marc Soucy, a précisé plus tard que la fusillade s'était produite près du Centre Rideau, et non à l'intérieur de celui-ci. Un employé du Groupe Aldo qui travaille dans le Centre Rideau a dit à CBC News qu'ils avaient été mis en confinement à l'intérieur des magasins. Il a dit que des policiers couraient dans le centre commercial. » Crédit : CBC]

Bob W. Paulson : Exactement.

Taki Sarantakis : Et il y avait effectivement des gens qui couraient, mais c'étaient des policiers.

Bob W. Paulson : Oui.

Taki Sarantakis : Des gens disaient avoir vu des personnes sur les toits.

Bob W. Paulson : Pendant ce temps, il y avait Cirillo, qui a été tué, et qui recevait les premiers soins, et les gens réagissaient. La police municipale d'Ottawa intervenait. C'était une confusion générale et il a fallu du temps et de l'assurance pour essayer de comprendre. Pendant que tout ça se passait et que les gens essayaient d'exercer leur autorité en m'appelant et en exigeant que je fasse ce qu'ils voulaient que je fasse, la véritable autorité a appelé et a dit qu'elle voulait me voir (rires). Il est donc…

Taki Sarantakis : Il s'agit du premier ministre.

Bob W. Paulson : Le premier ministre voulait me voir.

Taki Sarantakis : Je me souviens de l'avoir regardé sur CBC News. Vous étiez dans un lieu non divulgué et Peter Mansbridge a dit, oui, c'est non divulgué, mais c'est clairement le 24 Sussex.

Bob W. Paulson : (rires)

Taki Sarantakis : Vous êtes donc au 24 Sussex et que dites-vous au premier ministre?

Bob W. Paulson : Je l'informe de ce que nous savions. Pendant que nous suivions le code 3 depuis le bureau, qui se trouve à Leikin, pour m'amener au premier ministre, je recevais bien sûr des mises à jour et j'avais mon chef de cabinet, mon assistant. La voiture était pleine de gens au téléphone qui parlaient aux différentes composantes de cette opération pour essayer d'avoir une idée de ce que je pouvais transmettre de manière fiable au premier ministre. Parce que j'ai appris une chose, c'est que l'information est très demandée dans ce genre de situation, mais que la mauvaise information annonce la fin du monde. Vous ne pouvez pas communiquer au premier ministre ou au ministre des informations erronées. Nous avions besoin d'informations fiables.

Taki Sarantakis : Que pouviez-vous dire? Les informations des premières heures étaient-elles exactes? Étaient-elles inexactes? Un mélange des deux?

Bob W. Paulson : Elles étaient vérifiées. À ce moment-là, quand j'étais devant le premier ministre, j'ai dit : « Nous subissons beaucoup de pression pour le confinement, mais je ne changerai pas d'avis, nous allons fermer le centre commercial parce que nous ne savons pas. À mon avis, Monsieur le premier ministre, il s'agit d'un tireur unique qui a agi seul, mais nous ne le savons pas, on nous a signalé quelqu'un sur un toit, nous ne le savons pas, on nous a signalé quelqu'un dans le centre commercial, nous ne le savons pas, alors nous allons boucler le centre commercial. » Je devais le mettre au courant. L'une des choses qu'il souhaitait, et qui m'a été communiquée, était sa fermeté absolue envers cet enjeu d'autorité qui avait provoqué, selon certaines personnes, une brèche qui a peut-être poussé ce tireur chaotique à exploiter cette vulnérabilité.

[00:22:26 Un extrait d'une déclaration du premier ministre du Canada est affiché avec le texte suivant surligné :
« Nous vivons des moments dangereux, oui, mais la mission de notre pays et le travail du Parlement continuent. Et le travail continue aussi dans toute la ville. »]

Taki Sarantakis : Et le lendemain, ou en fait, plus tard dans la nuit, le premier ministre a décidé que la démocratie se poursuivrait, je pense que c'est la phrase qu'il a prononcée, et que demain, nous poursuivrions nos activités. Ce jour-là, une partie de mon travail consistait à me rendre dans l'édifice du Centre pour informer les ministres, les ministres du Conseil du Trésor, et l'édifice du Centre était une scène de crime. Il y avait des portes brisées partout. Des fenêtres brisées. Je n'avais jamais rien vu de tel et c'était le résultat des efforts déployés par votre personnel et les agent·es de la GRC pour assurer la sécurité de toutes les personnes qui travaillaient dans ce bâtiment, et beaucoup d'entre elles, ayant entendu des coups de feu, verrouillaient leur porte et se cachaient sous les bureaux. Et donc les gens ont dû entrer de force dans leurs bureaux, et certains ministres ont été terrifiés par le fait qu'ils étaient… qu'ils ne savaient pas ce qui se passait.

Bob W. Paulson : Exactement.

Taki Sarantakis : Quelles sont les histoires que les ministres… parce que, vous vous souvenez, beaucoup de ministres et de membres du caucus ont quitté ce bâtiment, je pense, dans des autobus vers 20 heures. Je sais qu'au début, c'était un soulagement d'être en vie, parlez-nous des autres émotions.

Bob W. Paulson : Il y avait beaucoup de colère, beaucoup de colère contre nous, de la colère parce que les gens ne pouvaient pas partir. Ils n'étaient pas détenus, mais nous avions besoin de leurs dépositions. Nous devions interroger tout le monde. Nous devions nous assurer que tout le monde était bien ce qu'il disait (rires), et ça allait vraiment à l'encontre de l'indépendance de notre parlement. Et donc, les gens n'étaient pas d'accord. Comme je l'ai dit, le premier ministre Trudeau était hors de lui, et tous voulaient accéder à un micro. Les gens voulaient aller devant la caméra, ce qui est compréhensible. Ensuite, on a beaucoup parlé de la poursuite du gouvernement, de l'installer ailleurs, et votre expérience en témoigne. Toutes ces considérations étaient en jeu et la nuit a été longue, très longue, mais je crois que nous avons pu libérer le bâtiment et relâcher les gens cette nuit-là. Des critiques ont immédiatement été émises sur la manière dont nous avons géré cette situation et sur la manière dont nous avons géré la communication autour. C'était vraiment quelque chose.

Taki Sarantakis : Il y a maintenant des leçons à tirer. Je pense que certaines leçons ont été tirées de ce que vous avez dit à propos des informations, que si vous vous basez sur des informations erronées, vous perdez votre crédibilité, le brouillard de la guerre où; vous ne savez pas ce que vous ne savez pas, mais où; vous devez prendre des décisions, prendre des mesures. Parlez-nous un peu de la façon dont vous gérez la pression qui pèse sur vous.

Bob W. Paulson : Heureusement, j'ai eu l'occasion d'enquêter sur des crimes majeurs, comme des homicides, des vols, des braquages de banque, des enlèvements, etc. Dans ce genre d'enquêtes dynamiques, on a toujours affaire à des victimes et à des témoins qui ont toujours une meilleure idée de la manière dont les choses devraient se dérouler, et on devient habile à gérer toutes ces choses. Mais on a entendu des propos désagréables de la part de certains sous-ministres qui exigeaient ceci, cela ou autre chose pour leurs ministres, vous devez le sortir de là. J'ai essayé d'être le plus neutre possible et d'expliquer que rien ne se passerait tant que je n'aurais pas reçu le feu vert des agent·es de première ligne.

Taki Sarantakis : Donc, en quelque sorte… Je vais parler à votre place, vous en faites ce que vous voulez, mais en gros, vous vous êtes tenu debout. C'est une scène de crime, c'est la façon dont nous traitons les scènes de crime, et je me fiche que vous soyez le sous-ministre de ceci ou le ministre de cela ou le greffier de ceci ou le greffier adjoint de cela, il s'agit d'une scène de crime.

Bob W. Paulson : Ça dépend absolument de l'autorité, et l'une des choses pour lesquelles les policiers sont très doués, c'est de comprendre leur autorité. Le fait de savoir s'ils sont capables de communiquer efficacement cette autorité aux personnes concernées, c'est une autre question. J'ai donc essayé de l'expliquer, et je pense que j'ai réussi. Les gens seront en colère, et vous ne pouvez rien y faire, mais en essayant de communiquer de manière cohérente, et avec respect, je n'ai pas tenté de leur mettre mon autorité en plein visage. Il s'agissait d'expliquer qu'il fallait accepter la situation, qu'il fallait s'adapter, et c'est ça a fonctionné.

Taki Sarantakis : Avec le recul, avez-vous tiré d'autres leçons de cette journée?

Bob W. Paulson : Je pense que la plus grande leçon à tirer est de permettre aux personnes qui sont intervenues de le faire. Une personne m'a raconté une histoire. Vous vous souvenez peut-être qu'il y a plusieurs années, une personne dans un véhicule a monté les marches du Parlement pour tenter d'y pénétrer, un autre attaquant fou, et l'agent qui est intervenu a finalement été promu et m'a raconté cette histoire. Il m'a dit : « Je suis là, je monte les escaliers en courant pour m'occuper de ce fou qui pourrait avoir une bombe, mon téléphone sonne, et c'est le commissaire de l'époque qui demande une explication, ce n'est pas le bon moment, Monsieur le Commissaire (rires) ». La chose à faire, c'est de laisser les gens avoir confiance en la formation, les autorités et la compréhension de ces agent·es de première ligne… et ces agent·es ont fait leur travail de manière remarquable. Ce qui est triste et malheureux, c'est la manière dont les médias ont cherché à donner le mérite à l'intervention, en premier lieu, du sergent d'armes. Je vous en prie, donnez-lui le mérite. Ensuite, j'ai commencé à subir des pressions de la part de mes propres agent·es, qui me demandaient pourquoi je ne cherchais pas à donner du crédit à nos agent·es. Et j'ai fini par le faire éventuellement, mais je n'avais pas les faits à ce moment. Je plaisantais souvent en disant que si vous voulez du crédit, vous devez aller à la banque et faire une demande. Mais c'est devenu un enjeu, de savoir si nous soutenions ou non nos membres. Je peux vous dire que je n'ai jamais été aussi fier des agent·es qui sont intervenu·es sur les lieux. Imaginez le courage qu'il faut pour former ce V et foncer dans des circonstances inconnues avec un fou armé. La véritable leçon à tirer, c'est de laisser les gens faire leur travail, d'essayer de recueillir les informations, de créer des lignes de communication pour informer le public et les personnes concernées.

Taki Sarantakis : Une dernière question, faisons un exercice de réflexion. Si la même chose se produisait aujourd'hui, 10 ans plus tard, 11 ans plus tard, le monde est-il suffisamment différent? Quelles seraient, selon vous, les conséquences dix ans plus tard? Plus de médias sociaux, plus de gens avec des téléphones, tout le monde est critique, tout le monde en sait plus que les médecins, les avocats, les épidémiologistes.

Bob W. Paulson : Je pense que la pression serait beaucoup plus forte. Cela dit, les leçons que nous avons appliquées aux insuffisances structurelles de l'époque sont là, et je l'ai constaté. Je m'intéresse toujours, et j'ai vu le service de protection parlementaire prospérer pour devenir un service de protection de premier ordre. Cela dit, si une attaque coordonnée devait avoir lieu, ils seraient mis au défi. Il est certain que l'attention des médias et les moyens de communication utilisés de nos jours rendent la tâche des dirigeants beaucoup plus difficile.

Taki Sarantakis : Et c'est une tension constante dans une société démocratique, dans une société ouverte, parce que l'une des raisons pour lesquelles les sociétés sont ouvertes, c'est qu'elles ont accès aux dirigeants et aux lieux publics. Ce serait très triste de laisser triompher, d'une part, l'ouverture totale et, d'autre part, le confinement total en permanence. Bob Paulson, commissaire à la retraite de la GRC, merci beaucoup d'être venu nous parler d'un jour mémorable dans l'histoire du Canada et d'un jour mémorable pour beaucoup de nos dirigeants politiques qui ne l'oublieront jamais.

Bob W. Paulson : Oui, merci pour votre intérêt.

[00:31:57 Le logo de l'EFPC apparaît à l'écran.]

[00:32:04 Le logo du gouvernement du Canada apparaît à l'écran.]

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